Quand on est un passionné de coworking, allergique au bureau tel un Romain Duris prenant ses jambes à son cou à la fin de « L’Auberge espagnole », c’est un peu en pèlerinage qu’on se rend en visite à Betahaus, temple originel du Coworking en Europe, précurseur allemand d’une tendance qui s’est depuis confirmée dans les faits et dans les esprits.

Betahaus BerlinC’est donc avec une certaine humilité, et emprunt d’un profond respect que je me suis dirigé un beau matin de mai vers ce sanctuaire d’adoration des dieux collaboratifs, les imaginant déjà au sommet de l’Olympe-immeuble, en plein jelly pour codécider l’émergence du corpoworking.

Betahaus est situé aux abords du quartier bobo de Kreuzberg à Berlin. Je me rends donc à Moritzplatz, via le très mignon métro Berlinois qui me dépose à la station du même nom. La partie de Kreuzberg dans laquelle se trouve Betahaus n’est pas la plus accueillante du quartier. On a un peu de mal à trouver l’immeuble, situé en retrait derrière un espace de parking d’une concession de voiture, aux abords d’un quartier d’affaires un peu moribond. La façade de l’immeuble non plus ne porte pas les signes distinctifs de la terre promise collaborative…

Les portes du Paradis?
Les portes du Paradis?

Redoublant de ferveur, je balaye ces doutes pour passer d’un pas décidé la porte de l’entrée principale. Et là, miracle ! On accède à l’espace ouvert de Betahaus, qui est un grand café/lounge conçu pour permettre à tous les coworkers – résidents, habitués ou nomades de passage – de travailler, seul ou à plusieurs, dans un contexte convivial. La première partie de l’espace est une grande estrade surélevée, qui propose fauteuils, canapés et autres accessoires de libre avachissement. En contrebas, de grandes tables en bois sont mises à disposition, souvent occupées à l’heure du déjeuner ou lors des événements. Plus à l’écart, le long des murs, des tables de travail individuelles font face à des murs décorés d’étranges icônes.

L'espace de Betahaus ouvert sur le monde
L'espace de Betahaus ouvert sur le monde

Évidemment, les traditionnelles offrandes eucharistiques sont disponibles : café, muffins, sandwichs et autres bénédictions vous accompagnent tout au long de la journée. Derrière le comptoir, un mur en ardoise dessine une grande fresque de toutes les informations vitales : du menu aux événements, nombreux au sein de l’espace, sans oublier les sésames du wifi. Au moment du déjeuner, un petit atelier cuisine est lancé pour permettre aux personnes et aux groupes de passage de se restaurer.

Sans café ou croissants, comment tournerait le monde ?
Sans café ou croissants, comment tournerait le monde ?

Apôtre des premières heures ou pas, l’accès à l’espace de travail à proprement parler n’est pas accessible au commun des mortels – l’espace offre différentes formules, du bureau à la journée, à l’abonnement permanent. Interdiction de flâner dans les couloirs, comme l’explique Max, fondateur de Betahaus :

Au départ, l’accès était libre, mais il y avait tellement de gens qui venaient voir comment les gens travaillaient, comment les espaces étaient organisés, que ça a commencé a poser un réel problème pour les coworkers eux-mêmes, constamment dérangés et observés comme dans une sorte de musée Grévin du travail… Donc on a été obligés de limiter l’accès à des visites guidées une fois par jour.

Il faut donc s’acquitter d’une obole plus que symbolique (puisque le tarif à la journée est de 18 euros) pour accéder au 3e étage de l’immeuble, où se niche l’espace de coworking de Betahaus. On y accède via un monte-charge qui rappelle les origines premières du bâtiment, et que les habitants du coworking appellent « L’ascenseur du Boucher » (voir la vidéo en fin d’article).

La seule alternative : l’escalier vert
La seule alternative : l’escalier vert

L’espace de coworking de 700 m² s’étend en deux grandes plateformes de part et d’autre du couloir principal. L’ambiance est calme, studieuse – je me dirige vers l’un des nombreux bureaux vides estampillés d’une hostie verte, qui indique les emplacements en accès libre. D’autres personnes travaillent depuis des bureaux permanents, j’aperçois même une petite équipe regroupée dans leur espace privatisé.

Espace privatisé pour une start-up résidente
Espace privatisé pour une start-up résidente

Le mobilier est simple, fonctionnel, quelques touches de design mais sans fioritures.  Je travaille en face d’une « coworkeuse » toute la journée, que j’essaye de ne pas trop déranger avec mes coups de fil incessants…

On sent l’existence d’une vraie communauté, les coworkers sont attentifs aux nouveaux arrivants : outre le « floor manager » qui s’occupe de la gestion quotidienne de l’espace et des évènements, je rencontre Henrik, résident Betahaus, qui travaille pour Firefox et m’aide à installer l’imprimante locale (en accès libre et gratuit) sur mon PC. On en profite pour discuter de nos projets respectifs, pour échanger nos contacts… Moment emblématique d’une épiphanie coworking – j’ai l’impression à ce moment d’être entouré d’une communauté bienveillante, ouverte aux nouvelles rencontres et au partage d’idées, de projets… Je retiens un « Alléluia ! » et je lance l’impression de ma carte d’embarquement…

Henrik, coworker (Firefox) et part-time chasseur d’imprimante
Henrik, coworker (Firefox) et part-time chasseur d’imprimante

Après 2 jours de « ressourcing » et une interview très intéressante de l’un des fondateurs de Betahaus (à venir dans un prochain article), je repars donc le cœur serré, mais – comme un pèlerin rentrant de St Jacques de Compostelle – heureux d’avoir finalement pu fouler de mes baskets parisiennes ce lieu emblématique de l’intérêt et la viabilité de ce nouveau concept – que dis-je ? De cette nouvelle religion !

Convertis? Nous vous recommandons la visite guidée d’un fondateur et le site de Betahaus pour plus d’infos!