Il semble loin le temps où l’on sortait d’une agence de voyage en s’agrippant à son précieux ticket, tel un Charlie sur le point de découvrir la chocolaterie de Willy Wonka… Depuis 3 ans, le e-ticket a remplacé définitivement le billet papier dans les aéroports. Tous les passagers voyageant avec une compagnie membre de l’IATA utilisent donc un ticket dématérialisé. A la clé : des bénéfices environnementaux important et un gain chiffré à 3 milliards de dollars par an pour les compagnies aériennes.

Plus besoin d'un ticket d'or pour accéder à la chocolaterie...
Plus besoin d'un ticket d'or pour accéder à la chocolaterie...

Et pourtant la transition aura été longue. Air France lançait en 1998 sa réflexion sur le billet électronique, et il aura fallu près de 10 ans, des transformations lourdes, des formations des équipes, des agences et des voyageurs pour aboutir à cette dématérialisation. Depuis, la gamme de e-services n’a cessé de s’élargir dans le monde aérien : e-checking, utilisation de la RFID et de la biométrie pour les embarquements ou le suivi des bagages…

L’E-ticket fait son cinéma

Dans la même veine, nous avons vu apparaître il y a quelques jours le e-ticket de cinéma. Début avril, Gaumont-Pathé annonçait le lancement des billets électroniques. Un principe simple : vous achetez en ligne et vous imprimez le billet ; ou (plus tendance) vous utilisez votre smartphone pour acheter puis éditer un e-billet.

Heureusement, l'intrigue du film, comme le ticket de cinéma, reste immatérielle...
Heureusement, l'intrigue du film, comme le ticket de cinéma, reste immatérielle...

De manière plus générale, la dématérialisation bat son plein en ce début de XXIème siècle. Dans le domaine des transports publics notamment où, selon une étude récente, plus de 500 millions de personnes dans le monde sont en passe d’utiliser des e-tickets de métro, comme c’est déjà le cas à Stockholm ou Prague. Dans le secteur bancaire également, où la banque en ligne est devenue une réalité pour tous – est-il d’ailleurs encore nécessaire de se déplacer jusqu’à son agence ? Dans l’entreprise et le service public enfin, où la dématérialisation (des factures, des marchés publics…) est devenu le premier sujet d’intérêt des décideurs en 2010 (42%), loin devant le travail collaboratif.

« Tu me trouves la facture de neo-nomade de 1992 s’il te plait ? »
« Tu me trouves la facture de neo-nomade de 1992 s’il te plait ? »
LE JOUR OÙ TOUT SE DÉMATÉRIALISA

Économies, bénéfices environnementaux (même si ceux-ci ne sont pas encore avérés), facilité de consultation et d’archivage… Comme pour toutes les bonnes idées, on se demande pourquoi ces dématérialisations arrivent si tardivement. Mais jusqu’où ce mouvement nous emmènera-t-il ? Si ces avancées semblent aller vers la libération de l’homme du joug de la paperasse, le « tout-immatériel » pose des questions fondamentales.

Si tout est dématérialisé, est-on sûr de la sécurité et la pérennité du stockage de donnée perdues dans les limbes du Cloud, comme on l’a vu récemment avec le hacking des données utilisateurs PS3 ? A l’inverse, comment gérer les données des personnes décédées, et notamment sur les réseaux sociaux, où les situations ubuesques de proches n’arrivant pas à « mémorialiser » les données du disparu sont légion ? Ces débats montrent encore une fois que les technologies précèdent largement les effets  – cette fois bien réels – qu’elles provoquent au sein de notre société.

nomades du virtuel

Finalement, quid des implications sociales et – n’ayons par peur des mots – philosophiques de la dématérialisation ? Maitrisons-nous l’impact que peut avoir la dématérialisation sur une pratique donnée ? S’agit-il d’une évolution naturelle de l’homme vers une autre forme de société, de conscience collective, permettant d’atteindre la sérendipité ? Ou sommes-nous en train de vivre un moment de singularité technologique, et de basculement vers un monde où, comme dans le roman Rainbow’s End, la réalité augmentée se superpose en permanence à la réalité, au point de nous faire douter de notre propre humanité ?

Une chose est certaine : cette tendance à la dématérialisation, qui va de pair avec la mise en place des TIC, impacte également notre façon de travailler. Nous pouvons désormais travailler n’importe où, à n’importe quelle heure… Si nous sommes bien des « nomades du virtuel », il est de notre responsabilité de rester vigilant vis-à-vis de ces mouvements de dématérialisation, afin de questionner leurs effets sur notre propre rapport au monde. L’ignorer créerait un terrain fertile aux dérapages et aux dommages collatéraux. Aussi, qu’attendent les pouvoirs publics et les acteurs privés pour traiter (sérieusement) le sujet ?

"Alors, vous la trouvez cette facture, Mr Anderson?"
"Alors, vous la trouvez cette facture, Mr Anderson?"