De passage à Berlin pour un pèlerinage en terre promise du coworking, j’ai également eu la chance de rencontrer Maximilian van der Ahé, l’un des fondateurs de l’espace, qui a accepté de répondre à quelques questions. L’occasion d’en apprendre un peu plus sur les origines de Betahaus et du mouvement coworking en Allemagne!

Max, l'un des fondateurs de Betahaus
Max, l'un des fondateurs de Betahaus

Bonjour Max, pourrais-tu commencer par nous expliquer comment le projet Betahaus est né?

En 2008, Tonia et Christophe on commencé à réfléchir à un nouveau concept d’espace de travail pour des gens comme nous, qui ne voulaient pas vivre une vie d’employé au sens traditionnel du terme, mais qui ne voulaient pas non plus travailler isolés, depuis chez eux ou des cafés wifi sans les avantages d’un bureau classique. Ils ont donc commencé à brainstormer pour imaginer quel type d’espace pouvait répondre à ces besoins. Ce processus a pris pas mal de temps, presque 1 an en tout, avant de se tourner concrètement vers la recherche de l’espace adapté.  L’équipe s’est aussi agrandie, de 2 nous sommes passés à 4, et c’est à ce moment que j’ai rejoint l’aventure.

Quand vous réfléchissiez à ce nouveau concept, vous êtes-vous inspirés de concepts ou d’espaces existants ?

Tonia a amené des idées de son domaine d’activité, qui est le design d’espaces de bureau traditionnels. Elle avait une bonne connaissance des problématiques d’organisation d’espace sur ces modèles classiques. Nous connaissions aussi beaucoup de « Bohêmes digitaux » qui travaillaient depuis des cafés wifi et des espaces publics, mais qui se sentaient isolés. Nous avons voulu faire un mix de ces deux modèles opposés.

Nous nous sommes inspirés de ce qui se faisait aux US, et à Berlin avec « The Hub Berlin », qui a fermé depuis. Nous avons été en contact avec ces personnes à l’époque, elles nous ont aidés à murir et à développer le projet. Mais certains des espaces qui émergeaient avaient une approche presque « religieuse » du coworking, et nous ne voulions pas forcer les gens à être collaboratifs. Nous voulions une approche plus ouverte, plus libre.

Il a été très difficile de trouver l’espace qui correspondait à ce qu’on avait imaginé. Nous avons eu beaucoup de chance de trouver cet espace à Kreutzberg, surtout avec un propriétaire qui a tout de suite cru à notre projet, et qui a épousé notre vision des choses pour nous lancer.

Au niveau financier, comment avez-vous fait pour démarrer?

Ce type d’entreprise est innovant, mais au départ il faut utiliser des moyens traditionnels pour structurer un business plan. Ce qui nous a beaucoup aidés, c’est d’avoir pu commencer sans un énorme capital de départ et sans grosse levée de fonds. Nous avons eu la chance unique de pouvoir croître progressivement au sein de l’espace que nous avions à disposition. Cela a commencé avec la location d’une petite portion de l’espace, et à chaque fois que l’espace devenait saturé, nous étendions le bail à une surface plus grande, et ainsi de suite. Nous avons fait les choses progressivement en contrôlant nos dépenses. Maintenant, Betahaus occupe tout le rez-de-chaussée et le 3e étage. Et c’est grâce au propriétaire que nous avons a pu évoluer et grandir de cette façon.

J’ai cru comprendre que vous ouvrez d’autres espaces?

Nous avons toujours essayé de garder une approche globale, parce que nous sommes convaincus que ce concept doit être exporté à d’autres villes, d’autres pays. Nous avons dans l’équipe des personnes qui se passionnent pour d’autres villes européennes, comme Lisbonne par exemple, qui est un de nos projets d’implantation en ce moment. Mais l’on se rend compte que c’est beaucoup plus facile pour un Allemand d’ouvrir un espace de ce type en Allemagne, parce que l’on connait la législation, la culture, les structures de financement, qui peuvent changer complètement d’un pays à l’autre. Pour le centre que nous avons ouvert à Cologne par exemple, des gens nous ont soutenus localement et cela nous a beaucoup aidés.

Combien de Betahaus sont ouverts ajourd’hui?

Cologne, Hambourg et Berlin, et nous avons des projets pour Lisbonne, Barcelone et Sofia. Mais cela représente beaucoup de travail. Nous devons rester réalistes et avancer étape par étape parce que le rythme de développement de ces dernières années a été épuisant.

Comment l’équipe est-elle composée?

Nous sommes 3 personnes à plein temps mais Betahaus Berlin, c’est aussi l’équipe qui gère le bar et le restaurant, un floor assistant, et 1 personne pour l’entretien. Ce n’est donc pas un « lean business » et il faut répliquer cette organisation pour chaque centre. Berlin est le centre le plus important en termes de taille et de personnel. Le développement de l’activité est géré par l’équipe centrale qui est ici. Il y a tellement à faire que l’on pourrait être occupés 24 heures sur 24, mais ce n’est pas une vie donc on essaye de se préserver. Mais c’est vrai que lorsqu’on est son propre employeur, on est proche d’une philosophie idéaliste, donc on ne peut pas vraiment y échapper.

Etes-vous en contact avec d’autres initiatives de coworking en Allemagne? Est-ce qu’ils viennent vers vous pour vous demander des conseils pour se lancer?

Oui, il y a un fort sentiment de communauté. Nous nous retrouvons tous les ans pour la journée coworking en Allemagne, et nous sommes bien connectés sur les réseaux sociaux. Il y a maintenant des espaces de coworking dans pratiquement toutes les grandes villes d’Allemagne, donc le développement du concept a été très rapide. Certains nous sollicitent pour des conseils, mais ce n’est pas systématique. Nous essayons de rester les plus ouverts et collaboratifs possible, c’est l’une de nos valeurs les plus fortes. Il n’y a aucun intérêt à vouloir protéger nos idées ou nos concepts, bien au contraire. Mais nous essayons aussi de ne pas trop promettre aux gens qui nous contactent, parce que nous avons aussi beaucoup de travail de notre côté…

Selon toi, quels sont les principaux défis que doit relever un espace de coworking dans son cycle de développement ?

L’équipe est un facteur primordial. C’est sans doute vrai pour tout type de projet d’entrepreneuriat, mais c’est clairement un élément qui va faire la différence. Ensuite, il faut pouvoir construire une communauté, les enrôler dans le projet pour qu’ils y croient autant que toi et même plus. C’est un état d’esprit qui émerge et qui doit être « construisons cet espace ensemble ».

Il faut trouver les moyens d’encourager le networking entre les personnes de la communauté, créer des évènements pour que les gens se rencontrent, des outils en ligne qui permettent aux membres de consulter les profils et les compétences des autres coworkers. Betahaus travaille là-dessus en ce moment : nous avons une personne à plein temps dont le rôle est de gérer la communauté. Il faut aussi savoir attirer les investisseurs de l’extérieur, puisque beaucoup de petites entreprises ici ont besoin de financement pour décoller. Savoir parler à des investisseurs intéressés par ce type de projet, c’est aussi le rôle de cette personne.

En ce moment, nous réfléchissons également à un moyen pour que les coworkers restent en contact après leur départ de Betahaus. Souvent, leur résidence ici correspond à un certain moment de leur développement, et quand ces entreprises grandissent, elles quittent l’espace pour leurs propres locaux. On a envie de favoriser un parrainage et un soutien de la part de ces entreprises qui ont réussi pour celles qui sont encore chez Betahaus. Un outil social en ligne nous permettrait peut-être de faire cela plus efficacement mais il existe tellement d’outils qu’un de plus c’est peut-être trop.

Merci Max et à bientôt!

Pour en savoir plus sur Betahaus, retrouvez le récit de notre visite sur neo-nomade le blog, la visite guidée de l’espace par un fondateur et bien sûr le site de Betahaus!

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