Les fonctionnaires : futurs néo-nomades

Nous l’évoquions dans notre rétrospective 2010 du télétravail, 2011 pourrait être l’année du boom du télétravail dans la Fonction Publique française. Les initiatives se sont, en effet, multipliées cette année: Conseil Général de Côte d’Or, pilote à Bercy …

Dans cette lignée, le Ministre de la Fonction Publique, François Sauvadet, a annoncé le 28 juillet, le lancement d’une concertation avec les organisations syndicales sur le développement du télétravail. Enfin !

Cette annonce fait suite à la remise d’un rapport très attendu du Conseil Général de l’Industrie, de l’Energie et des Technologies (CGIET) sur le sujet. Ce document est le rapport public le plus complet publié sur le sujet depuis celui du CAS commandé par Nathalie Kosciuzko Moriset en novembre 2009.

Voici quelques points qui ont retenu notre attention de néo-nomade:

Le syndrome du pilote éternel

Depuis 1998, de nombreuses expériences de télétravail ont été mises en place dans la Fonction Publique, et notamment dans les collectivités territoriales. Pourtant, ces initiatives restent souvent à l’état de pilotes, et ne sont pas suivies d’un déploiement plus général. Pour expliquer ce fait, le rapport pointe :

  • l’absence de textes légaux encadrant le télétravail des fonctionnaires (ce à quoi pourrait remédier la concertation syndicale si elle aboutit)
  • le « manque d’ambition » des décideurs, qui ne mesurent pas les effets bénéfiques du télétravail en termes de développement durable et d’empreinte immobilière
  • les difficultés d’extension des pilotes sur des profils plus complexes. Les profils les plus autonomes et aux activités les plus traçables sont inclus en priorité dans les tests, ce qui rend ensuite les déploiements plus difficiles à mettre en œuvre.
Des freins similaires à ceux rencontrés en entreprise

Avec moins de 2% de fonctionnaires convertis, le télétravail fait face à de nombreux obstacles dans la Fonction Publique. Sans surprise, on retrouve les freins qui existent habituellement dans le monde de l’entreprise, et notamment :

  • Le manque de connaissance sur le sujet
  • La frilosité des responsables qui craignent que le télétravail ne trahisse une situation de sureffectifs (hum hum!)
  • L’absence de management par objectifs, et la persistance de la culture du présentéisme
  • Le manque d’outils et d’indicateurs permettant d’encadrer le télétravail

Cet état de fait milite pour l’inclusion du télétravail dans un programme plus large d’évolution du management et des organisations en France. Vaste programme !

Des actions concrètes

Le rapport prend position et propose de favoriser le télétravail pendulaire (à raison de 1 ou 2 jours par semaine), dans une organisation du travail responsabilisante.

On retrouve également dans le document plusieurs pistes d’actions et des recommandations synthétisées ci-dessous…

  1. Les employeurs doivent se donner des motivations et des objectifs crédibles.
  2. Créer la confiance dans un cadre sécurisant pour les télétravailleurs et les employeurs.
  3. Lancer des démarches projet.
  4. Lancer des projets pilotes avec une perspective de généralisation.
  5. Lancer un projet « TIC, Management et Travail » pour coordonner la réflexion et la recherche sur les évolutions du travail, et l’introduction des TIC dans la Fonction Publique et dans le monde.
  6. Et, dans la mise en œuvre des plans de crise, encourager le nomadisme et recourir plus largement au télétravail (Notre Oasis finder pourrait être bien utile dans ce cas !)

Au final et toujours selon le rapport, 50.000 agents de l’Etat, et 12.000 agents des grandes collectivités pourraient télétravailler si « une action de développement structurée » était impulsée. Reste le plus difficile : décider et mettre en place !

L’espace de (télé)travail : grand absent du rapport ?

Le rapport, aussi complet soit-il, n’accorde selon nous qu’une trop faible place à la réflexion sur les lieux de travail. Les espaces alternatifs ne sont pas vraiment à l’honneur. Le rapport pointe le bilan, certes, assez peu enthousiaste des quelques télécentres ruraux existants à ce jour, mais parle peu des initiatives plus urbaines et des modèles plus performants que nous voyons apparaître et que nous publions sur neo-nomade.com. Dans certaines agglomérations urbaines, comme en région parisienne, les collectivités locales pourraient néanmoins créer des télécentres administratifs, où certains de leurs agents travailleraient à distance.

Ces pistes nous semblent à creuser au moment où les territoires accélèrent le déploiement de télécentres et que les projets (associatifs ou privés) de coworking spaces se multiplient. Car les limites du télétravail à domicile sont bien connues, et participent de facto à la frilosité des employeurs vis-à-vis du télétravail. Or, si l’on regarde à l’étranger, et notamment aux Etats-Unis ou aux Pays-Bas, les tiers-lieux sont au cœur du déploiement du télétravail dans la Fonction Publique.

Et maintenant ?

Le rapport du CGIET apporte un éclairage sur de nombreuses expériences en France et à l’étranger, et établit un bilan exhaustif des avantages et freins à la mise en place du télétravail dans la Fonction Publique française. Ce rapport et ses recommandations peuvent, dans de nombreux cas, s’appliquer au privé et pose donc la question, comme le souligne l’AFTT, de la pertinence de la nouvelle étude lancée sur le sujet par le Ministre Eric Besson. Place au concret donc et aux initiatives.

Fonctionnaires néo-nomades, à vous de jouer !

LBMG WORKLABS sera bien sûr heureux de partager ses outils (indicateurs, méthodologie de déploiement) pour participer au mouvement !